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Journal de combats

Henny Publié: 11 décembre, 2017 / Modifié: 14 décembre, 2017
Journal de combats
Journal de combats n'est pas une oeuvre de fiction mais un récit retraçant l'itinéraire authentique d'un jeune appelé kabyle durant le second conflit mondial, depuis son village natal en Kabylie jusqu'à cet autre village français (quelque part en Haute-Vienne) d'où il ne revient pas. Emporté par la frénésie de servir la France, il passe outre ses tracas quotidiens et se met au service de l'Administration. Contrariant ainsi les uns et étonnant les autres. Il s'enrôle et ignore superbement les possibilités qu'il a pour se soustraire au Service : devenu fils unique par la disparition de son frère, drame qui le rend de facto soutien de famille, donc'réformable'. Son rêve était ailleurs : servir la France et mourir pour elle. Il en fut ainsi.

Lire un extrait :

Journal de combats, mars-juin 1940
Journal intime d’un conscrit kabyle
Durant le dernier conflit mondial
H. Farid
Roman historique


Introduction
Journal de combats n’est pas une œuvre de fiction, mais un recueil de faits authentiques vécus par des
Gens ordinaires ayant réellement existé – ni les noms
De ces personnes, ni ceux des lieux cités dans ce récit, et encore moins les faits qui y sont relatés, n’ont été
Altérés d’aucune façon.
Ce Journal retrace avec force et détails l’itinéraire
D’un jeune appelé – l’auteur, le personnage central –
Depuis son village kabyle natal jusqu’à cet autre village
Français situé aux abords de la Haute-Vienne où il
Avait rendez-vous avec l’éternité un certain jour de
Juin 1940.

Si beaucoup d’œuvres ont été créées sur ce sujet
Par des gens plus qualifiés que moi, il n’en demeure
Pas moins que le présent récit possède une
Particularité assez déconcertante : le jeune conscrit est
Allé en guerre comme on se rend à son travail, par
Devoir et nécessité, presque de gaieté de cœur. Non
Parce qu’il aimait la guerre ou les armes, mais par
Amour pour un pays qu’il n’avait jamais vu
Auparavant, mais qu’il considérait comme sien : la France.
Comme pour mettre à l’épreuve cet amour, qui
Devenait plus possessif et accaparant chaque jour qui
Passait, les aléas de la vie lui avaient fourni à deux
Reprises « des occasions en or » pour se soustraire au
Devoir national par voie légale ou autre.
Ses supérieurs militaires lui avaient accordé deux
Permissions exceptionnelles suite à son incorporation.
La première, c’était pour enterrer son frère, mort
De maladie, après quoi il aurait pu, s’il l’avait voulu, clamer à juste titre être soutien de famille et annuler
Son enrôlement.
La seconde fois qu’il avait été autorisé à sortir, c’était pour rendre visite à un demi-frère habitant
Près d’Alger. C’était pour des raisons assez obscures, mais la hiérarchie militaire avait passé outre, pour des
Raisons humanitaires peut-être, alors que les menaces
De la guerre se faisaient plus précises. Ses officiers
Avaient dû se dire que c’était sans doute la dernière
Fois que le jeune soldat pourrait revoir les siens. Ils
Avaient vu juste.

En rentrant chez lui, le jeune appelé aurait pu être
Tenté par la désertion, le maquis, la liberté et la
Possibilité d’échapper au rouleau compresseur de la
Guerre qui approchait à vive allure et qui allait écraser
Une bonne partie de l’humanité.
Amar, c’est son nom, savait tout cela et était
Fermement convaincu de l’imminence du péril que
Courait le monde, mais il ne fit rien pour en
Réchapper, il opta pour le devoir, guidé par son amour
Ineffable pour la France. Cette France dont il dirait
Plus tard vouloir devenir « l’humus de son sol »… En
Mourant pour la libérer.

Que de vœux, que de promesses, que de
Prémonitions dans la courte vie, mais bien remplie, du jeune soldat ! Il s’en est allé radieux, la mort l’a
Surpris debout, en homme, en soldat, les armes à la
Main et la France plein les yeux. Que demander de
Plus aux Hommes, à Dieu, à l’Histoire ou au reste de
La Création ? Rien.
Le grand vœu de paix que je fais en réécrivant la
Dernière tranche de la vie de cet homme qui n’a
Connu que la guerre, et que je n’ai pu connaître, va de
Pair avec mon ardent désir de rendre un ultime
Hommage d’abord à ce soldat « inconnu » mort pour
La France et la liberté, mais aussi à tous ceux qui ont
Vécu, souffert et péri avec lui pour que d’autres vivent
Et connaissent la paix. Leur sacrifice n’a pas été vain.
Qu’ils reposent tous en paix.

Kabylie
Mercredi 6 mars 1940

Mercredi est jour de marché à Fort-National.
Bien que je n’aie jamais vraiment aimé cette petite
Ville aux hautes murailles et grosses pierres, je n’ai
Presque jamais manqué ce rendez-vous
Hebdomadaire. Les gens y viennent de tous les villages
De la commune mixte et y passent la matinée à
Marchander ou à entretenir des discussions
Interminables et le plus souvent futiles. C’est peut-être
Là une des raisons qui me font mépriser cette
Bourgade.

Ce matin, je crois en avoir décelé une de plus de
La dédaigner : c’est ce sentiment d’inconfort et
D’étroitesse qui m’a étreint dès que j’en ai abordé les
Contours. La ville m’a semblé avoir rétréci de
Beaucoup, les gens s’y bousculent et se marchent sur
Les pieds. Y a-t-il plus de gens aujourd’hui que durant
Les autres jours de marché ? Me suis-je demandé.
J’ai beau mettre cette vision insolite sur le compte
De la fatigue du trajet de plusieurs kilomètres longeant
De sinueux sentiers de chèvres, je n’ai pas réussi à
Chasser cette funeste idée de mon esprit longtemps
Après avoir franchi la porte de la ville.
De plus, cette impression d’exiguïté tend à se
Confirmer un peu partout : les cafés ressemblent à des
Ruches en activité et, sur les trottoirs, on se bouscule
Carrément.

Dieu, pourquoi toute cette fébrilité ? Songé-je
Encore, de plus en plus mal à l’aise. Cette agitation
Forte et nerveuse n’est pas une vue de mon esprit, elle
Est réelle, palpable, et doit forcément dissimuler
Quelque chose, quelque chose de taille, comme les
Pierres de la ville.
Arrivé au pied d’un haut mur de pierre, j’aperçois
À l’autre bout de l’ouvrage un groupe d’hommes
Formant une grappe de burnous et de haillons, se
Bousculant et se marchant sur les pieds pour pouvoir
Se rapprocher d’une grande affiche collée à hauteur de
Tête d’homme. Tout bariolé et orné de plusieurs
Bouquets de drapeaux tricolores, le grand rectangle de
Papier est à peine visible derrière cette foule
Remuante.
Attiré et surtout intrigué par ce spectacle
Inhabituel, je m’approche d’eux pour mieux voir et
Comprendre de quoi il est question. Un titre gras et
Noir disant « mobilisation générale » occupe le milieu
De l’immense page, le reste du papier porte deux
Textes imprimés sous forme de carrés dans lesquels le
Public est informé qu’il est en guerre contre l’Allemagne !
Comme un malheur ne vient jamais seul, on peut
Y lire aussi que tous les jeunes gens en âge d’accomplir
Leur devoir militaire sont tenus de se présenter sans
Délai auprès des services habilités de leurs centres
Municipaux ou des brigades de gendarmerie de leur
Région. Les mots accrochent les regards et frappent les
Esprits. « Oh, mon Dieu, je n’ose pas imaginer les
Conséquences que subirait ma famille si pareille chose
S’avérait. Une vraie calamité ! »
Atterré, le souffle court, je me mêle aux autres
Hommes et je me rends compte avec surprise qu’ils ne
Se parlent qu’à voix basse, que leurs teints sont livides
Et qu’ils respirent avec peine. « C’était donc ça, me
Dis-je, mon malaise de ce matin n’en était pas un, c’était simplement un mauvais pressentiment. »
D’autres paysans et villageois continuent à
Arriver, seuls ou en compagnie d’autres personnes, à
Pied ou à dos de bêtes, mais voilà que déjà les
Premiers venus repartent en hâte, les mines défaites, sans visiter la moindre échoppe ou étal, n’emportant
Pour toute provision que la terrible nouvelle. Une
Nouvelle que beaucoup prédisent comme porteuse de
Malheurs encore plus terrifiants que la famine qui les
Tenaille depuis des mois.

L’après-midi
C’est ainsi que, de retour à la maison peu avant
Une heure de l’après-midi, j’ai retrouvé ma mère, toujours au chevet de mon frère Hocine, gravement
Malade, tout en pleurs. J’ai immédiatement pensé au
Pire, mais la vue du visage de mon frère, quoique
Tordu par la douleur, m’a quelque peu rassuré, tout en
Me laissant perplexe quant à l’affliction affichée de ma
Mère.
« Les gendarmes sont venus ! » Me dit-elle en me
Tendant un bout de papier soigneusement plié en
Deux et, comme pour me réconforter, elle ajoute que
Ces hommes de loi ont frappé à toutes les portes du
Village.
À mon tour de lui dire ce que je sais. Après
M’avoir écouté, elle frissonne et ses pleurs se muent
En sanglots caverneux qui semblent provenir d’un
Endroit lointain, profond et plus grand que ma pauvre
Mère elle-même. À un moment, les larmes manquent
De l’étouffer. Épouvantée, elle crie et court se réfugier
Dans le coin le plus obscur de la maison.
Ma mère, cette femme que je sais très forte, me
Paraît à cet instant pitoyable et d’une indicible
Fragilité. Je ne la reconnais qu’avec peine et douleur; quelque chose en elle n’est plus, ou a complètement
Cédé aux coups de boutoir de sa cruelle destinée.
Pour la première fois de ma vie, j’ai terriblement
Honte de ma condition de garçon, de fils : n’importe
Quelle fille, aussi gauche soit-elle, lui aurait procuré
Aujourd’hui plus de baume au cœur.
À peine remise d’un veuvage précoce, la subite
Maladie d’Hocine l’a de nouveau plongée dans une
Autre détresse dont l’issue est des plus incertaines, et
Voilà qu’aujourd’hui, on vient de lui annoncer le
Départ imminent pour la guerre de son seul fils valide, moi.
Pendant un laps de temps que je ne peux
Apprécier, je crois en avoir terriblement voulu à ma
Bonne étoile, à mon père disparu, à Dieu tout aussi
Absent, au monde entier.
Ébranlé, perdu, je ne sais où me tourner et à
Chaque fois que mes yeux retombent sur ma mère, toujours tourmentée et torturée, je ne puis
M’empêcher de me poser cette lancinante question :
Qu’a-t-elle fait, cette pieuse femme, pour mériter cette
Triple sentence ? Pourquoi ?

Jeudi
01 41 62 14 40
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Plus d'informations: https://www.edilivre.com/journal-de-combats-mars-juin-1940-h

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