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Les Peintres du dimanche

Yves Ferrec Publié: 19 mai, 2021 / Modifié: 24 novembre, 2021
Les Peintres du dimanche
«Qu'est-ce que vouloir créer sinon tenter désespérément de laisser une trace de son passage sur Terre ? ».
C'est en relisant cette citation de Jérôme Garcin que je me suis souvenu.
J'avais rencontré, par hasard, un voisin perdu de vue.
Nous devisions des mérites respectifs du jardinage et de la pêche à la ligne quand il m'a posé la question:
Et vous, à présent, vous vous occupez comment?
J'ai répondu que je m'étais mis à peindre.
Et, trés sérieusement, il a conclu : C'est bien, vous laisserez une trace.
Il y a si longtemps, j'avais oublié…
Je m'étais mis à la Peinture, en autodidacte, pour exprimer ma vision des choses et tenter de la faire partager.
Pourquoi en autodidacte? Dans cette discipline si particulière, si intime, je n'aurais jamais pu supporter un Maître et son enseignement formel et académique.
On peut enseigner à un apprenti maçon à dresser un mur dans les règles de l'art.
Mais quand les briques ne sont que visions fugitives, évanouies à peine entre-vues, quand le ciment devient sentiment d'amour ou de colère, c'est une toute autre histoire ! .
Lors de mes Expositions, je rencontre parfois des visiteurs, avec lesquels je sympathise et qui sollicitent un conseil:
» Je voulais peindre cette fleur autrement. Différente, avec d'autres couleurs, mais notre Professeur n'était pas d'accord… »
Ou bien :
«Voici mon dernier tableau, dites moi ce qui ne va pas».
Que répondre? .
Dans le premier cas, j'explique que le choix d'une forme, d'une couleur est un ressenti personnel et intime.
La couleur prend sa source au fond de nôtre âme. Elle exprime l'humeur du moment, la joie ou la tristesse. L'espoir aussi.
Elle ne saurait se voir imposée.
Ces dictats constituent la meilleure façon de décourager et de faire fuir les débutants. De détruire dans l'oeuf toute velléité de création.
Au second visiteur, je montre mes propres toiles exposées:
» Voilà comment je peins.
De votre côté, vous possédez une autre technique.
Vous abordez des domaines différents des miens mais votre vision est parfaitement respectable. Je me refuse à juger.
Battez-vous pour imposer vos choix. Peindre, c'est avant tout être libre de s'exprimer ».
C'est la profonde ignorance qui inspire aux «Maîtres» ce ton dogmatique qui m'insupporte tant.
«Celui qui ne sait rien croit enseigner aux autres ce qu'il vient juste d'apprendre lui-même.
Celui qui sait beaucoup pense à peine que ce qu'il dit puisse être ignoré, et parle plus indifféremment. »
Les caractères de La Bruyère (édition 1822) -
Et puis, soyons lucides. La valeur que l'on attribue à un tableau se mesure au plaisir qu'il suscite en nous.
S'il ne devait plus exister qu'une unique citation, sans une hésitation, je choisirais celle-là:
«La finalité de l'Art est de donner du plaisir, celle du Visiteur d'en prendre. »
A présent, je souhaite vous parler d'un phénomène qui balaie, tel un tsunami, notre microcosme de Peintres:
Nous en sommes arrivés à ce moment où l'on ne conçoit plus d'exposer ailleurs que dans une Chapelle ou, à défaut, dans un Chateau comme il est de bon ton dans ma région ! .
Alors qu'en même temps les Municipalités mettent à notre disposition -souvent gratuitement-
De multiples locaux d'exposition parfaitement adaptés.
Aprés une concurrence sauvage entre associations et une fois le Chateau convoité conquis, celui-ci devient la chasse gardée des occupants.
Quant à nos Chapelles, parlons-en:
Notre Foi se perd au point que, faute de vocations, nous sommes contraints aujourd'hui, «d'importer» nos propres Hommes d'Eglise! .
Et ces gardiens du temple ne semblent nullement gênés de voir nos lieux sacrés se travestir en stands de foire. Alors qu'ils en sont les défenseurs.
Ces bâtiments séculaires, imprégnés de notre Histoire…
Il m'est arrivé, en foulant ces pavés érodés par les pas des Fidèles, de voir apparaître ces gens à genoux.
Une vision si dure et précise que ma gorge en était serrée.
Des générations d'âmes, courbées sous le poids de la Vie dans la crainte du glaive d'un Dieu- Colère.
Des hommes venus prier, chercher le pardon et trouver en ces lieux l'espoir d'un avenir meilleur.
Serrés pour oublier leurs peurs et chanter.
A présent ces lieux ont perdu leur âme.
Nos petits Marquis poudrés et prétentieux (riches des subventions accordées par les Municipalités) les ont transformés en galeries d'exposition à usage quasi privé.
Puis, du haut de leur tour d'ivoire, gorgés de leur fatuité, ces Maîtres regardent passer- tout en bas- les Peintres du Dimanche…

Yves Ferrec
Reflexions (Juin 2021).
0297556024
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Nathalie Hochard-Gaudry
Membre Premium Nathalie Hochard-Gaudry, 28 mai
Très joli texte. Continuez de nous faire rêver avec vos peintures éblouissantes de couleurs! ! Amicalement. Nathalie Hochard-Gaudry
C. Guigné.
Membre Premium C. Guigné., 26 mai
Bravo Yves je crois que tu a exprimé ce que ressentent la grande majorité des artiste, nous résumons ça en «je peins pour mon plaisir»» en ce qui me concerne (autodidacte comme toi), j'ai 82 ans et je n'ai pas vendu une toile depuis 3 ans, mais je peins tous les jours, et peindrais tant que je pourrais tenir un pinceau Magnifique ton texte je cautionne
Amicalement Claude Guigné
Rey
Membre Premium Rey, 20 mai
Très beau texte.
J, approuve ton analyse à 100/100
Continues de nous faire rêver
Amicalement Pedro Rey

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