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Tirant son nom du Directoire, c’est-à-dire du gouvernement des Directeurs qui dura quatre ans, de 1795 à 1799, ce style ne forme pas une entité indépendante, mais doit être défini comme un phénomène de transition, faisant le lien entre les styles Louis XVI et Empire. En un mot, c’est un style qui relève à la fois du Louis XVI finissant et des prémices de l’Empire.

Déjà sous le règne de Louis XVI, un mouvement prônant une imitation plus fidèle des modèles antiques avait vu le jour ; ce n’est cependant qu’avec l’Empire qu’il atteignit sa pleine maturité. Si la Révolution de 1789 ne fut pas à l’origine d’un changement radical dans le domaine du mobilier, elle permit tout de même d’accélérer le mouvement, celui-ci répondant précisément au goût des révolutionnaires pour les idéaux républicains des sociétés de l’Antiquité.

Nombre de pièces appartenant au style Directoire prolonge la tradition classique du Louis XVI, mais avec un traitement plus sévère. A cette époque friande d’allégories de toutes sortes, les emblèmes révolutionnaires envahissent le mobilier, le décor mural et les textiles. Parmi ceux-ci figurent ainsi le bonnet phrygien (liberté), les niveaux à bulle (égalité), les mains jointes (fraternité), les pics (liberté de l’homme), l’œoeil inscrit dans un triangle (raison), les trois ordres de la nation soit la croix (clergé), l’épée (noblesse) et la pelle sommée du bonnet phrygien (le tiers état), etc.

Le mobilier se devait d’être la copie conforme de pièces mises à jour par les fouilles de Pompéi, ou s’inspirer de représentations figurant sur des vases antiques ou des bas-reliefs.

David, le célèbre peintre, fit plus pour l’établissement de ce nouveau goût que nul autre. Il dessina une série de pièces – copies plus ou moins exactes de modèles Gréco-romains – et donna l’ordre à Jacob de les produire à son attention en 1789 ou 1790. Parmi ces fameuses pièces, figuraient des sièges en acajou de forme curule avec piètement en X, inspiré du klismos grec, et le gracieux lit de repos aux lignes pures sur lequel David représenta Madame Récamier.

La Révolution eut pour conséquence la suppression des corporations de métiers ; celles-ci furent en effet supprimées en 1791. Cela signifia que les règles grâce auxquelles les corporations avaient contrôlé la formation des artisans, leur apprentissage et leur compagnonnage, furent abolis et que rien n’entravait plus la libre production de biens ouvragés, quelque soit le métier concerné. Les arts du luxe, comme la production de mobilier, commencèrent ainsi à décliner à partir de cette date, exception faite du mobilier de prestige exécuté sous le Premier Empire par des artisans ayant conservé les traditions d’excellence issues des règnes des trois Louis.

Le décor intérieur le plus célébré des derniers années de la République appartenait incontestablement à Madame Récamier. A la pointe de l’évolution stylistique, cet ensemble était dû au génie de deux homme, Percier et Fontaine, les fameux ornemanistes.

Exécutés en acajou, sièges et lits de repos, aux larges courbes rappelant de manière très convaincantes leurs modèles grecs, sont souvent remarquable dans leur traitement raffiné et archéologiquement documenté. D’autres types de meubles de cette époque arboraient souvent des ornements extravagants, à la fois archéologiques et symboliques, comme les glaives romains, la foudre de Jupiter, des pieds d’animaux crochus et des mufles de lions.

Après la campagne d’Egypte de Napoléon, à laquelle pris part un grand nombre de scientifiques, écrivains et archéologues, la France et l’Europe furent en proie à l’égyptomanie la plus virulente. Parmi les observateurs figurait l’architecte et archéologue Dominique Vivant Denon (1747-1825) qui profita de son séjour en Egypte pour rassembler la matière d’un livre, Le Voyage dans la basse et la haute Egypte, publié en 1802. Cet ouvrage capital, très vite connu pour ses descriptions et ses planches reproduisant des sphinx et pylônes, contribua très largement à la diffusion d’ornements de type égyptien. En effet, peu de temps après sa publication, nombre de pièces d’inspiration égyptienne firent leur apparition dans les collections de dessins de Percier et Fontaine.

Par le coup d’Etat du 9 novembre 1799, Napoléon établit le Consulat et devint lui-même Premier Consul. Cet acte marqua le début de son rôle dans l’évolution artistique, bien qu’il n’accéda au trône qu’en 1804. Dès 1799, une de ces préoccupations fut de reconstituer une nouvelle cour ; pour donner à celle-ci un cadre digne, il occupa des palais déjà existants, mais qu’il souhaita remeubler de manière à évoquer ses propres accomplissements et son régime. Dans ce but, il employa Percier et Fontaine, ardents défenseurs du goût antique, qui redécorèrent Saint-Cloud, les Tuileries, le Louvre et d’autres appartements palatiaux dans un style caractéristique de cette époque marquée par d’importantes conquêtes militaires. C’est donc au cours du Consulat que le style érudit et archéologique qui allait être celui du Premier Empire vit le jour, né du génie de Percier et Fontaine. Le décor intérieur multiplia ainsi les symboles liés à la guerre et les figures de la victoire aux ailes déployées et aux drapés flottants ; plus tard, vinrent les emblèmes impériaux, comme les aigles. A l’évidence, l’art grec, sobre et simple, ne parvenait pas rendre ce que le pouvoir impérial souhaitait exprimer de grandeur et d’héroïsme. Le style de Napoléon alla donc chercher ses modèles dans l’art massif et pompeux de la Rome antique.

Peu nombreuses sont les pièces de mobilier auxquelles on donna de nouvelles formes avant l’Empire. Dans le domaine du siège, deux types très fréquents sont discernables et, à l’instar tous les sièges Directoire, leurs pieds postérieurs, de section carrée, présentent une courbure en forme de sabre. Ceux-ci sont ensuite prolongés par les montants du dossier ; ce trait spécifique est le premier élément que l’on remarque dans les imitations du klismos grec et ne manque pas d’élégance. Des deux types de siège Directoire, le premier est encore proche du style Louis XV. Le dossier, légèrement concave, possède des montants évasés formant des angles plus ou moins prononcés avec la traverse supérieure. Le deuxième possède quant à lui un dossier renversé en crosse, à la manière du klismos. Communs aux deux types sont les formes des pieds antérieurs, toujours tournés et fuselés ; les accoudoirs se terminent en pommeaux, volutes ou sont à angle droit et ornés, au raccordement avec le dossier, d’une palme ou d’une coquille sculptée. Les supports d’accotoir sont en forme de balustre ou de colonnes ; parfois, comme c’est le cas pour l’un des fauteuils de Madame Récamier, les supports adopte la forme d’un sphinx ailé ou un motif similaire. L’ornement sculpté, peu tourmenté à cette époque, se décline en marguerites, étoiles, soupières – un type de vase antique –, des filets en relief ; le losange, complet ou à angles rabattus, est l’un des motifs Directoire les plus fréquemment répété.

La pièce de mobilier la plus célébrée du Directoire est sans doute le lit de repos, d’inspiration grecque. Il se caractérise par des dossiers renversés, soit de dimensions identiques, comme celui rendu célèbre par le portrait de Madame Récamier peint par David, soit de tailles légèrement inégales, alors que les pieds peuvent être en toupie ou affecter la forme gracieusement courbe des pieds postérieurs des sièges. Le lit en bateau, typique de l’Empire, fit son entrée avant le début du Premier Empire. En ce qui concerne les commodes et le mobilier destiné à servir de support à l’écriture, ceux-ci présentent essentiellement un prolongement du style Louis XVI, simplement traité avec plus de gravité.

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